JOURNEE DE LA COMMUNE, EDITION 2021 : UN EVENEMENT TRES INSTRUCTIF POUR LES COMMUNES

Fidèle à sa tradition, l’Association des Communes du Burundi, (ACO-BURUNDI), a organisé la Journée de la Commune, édition 2021, en date du 8 juillet 2022, au chef-lieu de la Province Ngozi. Le thème central choisi pour la circonstance était :

« Localisons les objectifs globaux en améliorant la qualité des services offerts à la population pour un développement économique local qui ne laisse personne derrière. »

Les cérémonies ont débuté par le discours de bienvenue prononcé par le nouveau Gouverneur de la province Ngozi, Monsieur Emmanuel NTACONSANZE. S’en est suivi le discours de l’Honorable Gervais NGIRIRWA, Président de l’ACO-BURUNDI. Le discours solennel d’ouverture des activités de la Journée a été prononcé par l’Honorable Martin NITERETSE, Secrétaire Permanent au  Ministre de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la sécurité Publique qui a représenté le Ministre empêché. Dans son discours, le Président de l’ACO-BURUNDI a rappelé l’importance de la Journée de la Commune : il a indiqué aux invités que la Journée de la Commune constitue un cadre de rencontre des communes en vue du renforcement de leurs capacités par l’échange d’expériences. Il est revenu sur les thématiques qui allaient être développées et a demandé aux invités d’y prêter attention et surtout de donner leurs contributions pour enrichir les débats.

De son côté, le Secrétaire Permanent a attiré l’attention des participants en général et des administrateurs communaux en particulier sur le rôle primordial de l’administration communale dans le développement économique local notamment dans l’encadrement de proximité des coopératives collinaires. Il a conseillé aux administrateurs communaux de s’inscrire véritablement dans la vision de Son Excellence Monsieur le Président de la République du Burundi qui souhaite que « toute poche ait de l’argent » et que « toute bouche ait à manger».

Au niveau de la gouvernance administrative et financière, le Secrétaire Permanent a beaucoup insisté sur l’obligation pour les communes d’offrir à la population des services de qualité. A cet effet, il a interpellé les gestionnaires communaux à songer à investir dans la modernisation  des services communaux par l’usage de l’outil informatique. A ce sujet, le Secrétaire Permanent a informé les communes que le Ministère de l’Intérieur envisage de doter toutes les communes du Burundi de cet outil pour ensuite procéder à la digitalisation des services communaux clés comme l’état civil et  la comptabilité communale. La digitalisation débutera dans 11 communes pilotes et pourra se généraliser dans tout le pays au cas où la phase pilote aura produit des résultats positifs.

Au sujet du redécoupage adopté par le conseil des Ministres au mois de juin 2022, le Secrétaire Permanent a tenu à tranquilliser les Administrateurs Communaux qui ont cru aux rumeurs de fin prématurée de leur mandat suite à la mise en œuvre de cette réforme. Il a indiqué à cet effet que la mesure n’entrera en vigueur qu’après les élections de 2025, donc à la fin du mandat en cours.

Au chapitre des  présentations, trois principales thématiques ont été développées par des experts invités à cette occasion à savoir :

  • Les mécanismes gouvernementaux de financement du développement local (banque des Jeunes, Banque des Femmes, coopératives collinaires) ;
  • L’amélioration de la qualité des services communaux  (mobilisation des ressources communales, classement et archivage, état civil) ;
  • Planification et budgétisation sensible au genre.

Thématique 1 : Les mécanismes actuels de financement du développement local

Trois communications ont été développées sous ce thème en rapport avec le financement des coopératives, la Banque d’Investissement des Jeunes et la Banque d’Investissement et de Développement des Femmes.

La première communication

La première communication a été donnée par Révérend Docteur Colonel Servilien NITUNGA, Directeur Général du Fonds National d’Investissement Communal (FONIC). Dans sa présentation, il a focalisé son attention sur le financement des coopératives collinaires, politique initiée par le Gouvernement du Burundi depuis l’année 2019.

Selon lui, le financement des coopératives collinaires se base sur le principe de placer la population au centre du développement pour ne laisser personne derrière. Cette approche vise plusieurs objectifs à la fois :

  • Favoriser la croissance économique pour accroitre le niveau de vie de la population ;
  • Promouvoir l’équité et la réduction des inégalités sociales ;
  • Préserver l’environnement.

A ce titre, le Gouvernement du Burundi a injecté annuellement un montant de 29 110 000 000 Bif sur les deux exercices budgétaires (2019-2020 et 2020-2021)  pour financer les projets de 2911 coopératives collinaires, surtout dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage en milieu rural et de l’artisanat en Mairie de Bujumbura.

Une évaluation financière réalisée en 2021 a révélé que les coopératives financées affichaient des performances contrastées : ces dernières peuvent être groupes dans 3 catégories différentes :

  • Catégorie plus performante représentant 62% des coopératives ayant une valeur patrimoniale estimée à 10 millions et plus de francs burundais ;
  • Catégorie peu performante représentant 30% des coopératives ayant une valeur patrimoniale située entre 5 et 10 millions de francs burundais ;
  • Catégorie moins performante représentant 8% des coopératives ayant une valeur patrimoniale inférieure à 5 millions de francs burundais (catégorie la moins performante)

Pour la catégorie des coopératives les moins performantes, le FONIC propose des stratégies de relèvement suivantes :

  • Bien planifier leurs projets sur base d’un business plan bien pensé ;
  • Solliciter un appui technique auprès des services techniques à leur portée ;
  • S’orienter vers des projets adaptés à leur environnement ;
  • Mettre en avant un leadership à la hauteur de la tâche ;
  • Encadrement rapproché de l’Administration Communale et des services techniques déconcentrés ;
  • Organiser des visites d’échanges d’expériences avec les coopératives réussies.

La seconde communication a été donnée par Monsieur Sixte NIYUHIRE, Administrateur Directeur Général de la Banque d’Investissement pour les Jeunes (BIJE).

Dans sa réflexion, Monsieur Sixte NIYUHIRE a expliqué que la Banque a été créée dans le but de lutter contre la pauvreté au sein des jeunes. Il est parti de quelques constats facilement observables : les jeunes sont très nombreux à fréquenter l’école et sont très content à l’obtention  des diplômes, mais très vite ils se retrouvent dans la rue, mécontenté par le chômage du fait de l’étroitesse du marché du travail. D’où l’idée de susciter en eux l’esprit entrepreneurial.

A ce propos, il a mis en évidence une gamme de services offerts par la Banque et pouvant intéresser les jeunes désireux de se lancer dans le business. Il s’agit de :

  • Crédits agricoles ;
  • Crédits d’équipements agricoles et d’élevage ;
  • Crédits de transformation des produits agricoles et d’élevage ;
  • Financement marché ;
  • Crédits équipements cautions/garanties bancaires ;
  • Crédits d’investissement ;
  • Crédits d’import-export.

Selon l’ADG de la BIJE, deux milliards cent vingt-trois millions (2. 123. 000.000 BIF) ont déjà été octroyés aux jeunes entre le 07/2021 et le 06/2022. Il a néanmoins fustigé les difficultés de recouvrement auprès des jeunes bénéficiaires de ces crédits.

Il a fait appel à l’administration communale pour mobiliser les jeunes à confier leurs projets à cette banque d’une part, mais aussi pour aider la banque au recouvrement des crédits contractés par les jeunes de leur commune respective.

La troisième communication

La 3ème communication était relative à la Banque d’Investissement et de Développement pour les Femmes. Elle a été donnée par Marie-Salomée NDABAHARIYE, ADG de la BIDF.

Selon Madame NDABAHARIYE Marie-Salomée, cette a banque a été créée pour soutenir les initiatives des femmes  à travers l’octroi des crédits destinés à financer leurs projets de développement. Les demandes de crédits peuvent se faire soit par groupement ou coopératives, soit individuellement. Le taux d’intérêt pour les crédits qui financent les projets des groupements ou les coopératives des femmes n’excède pas 7%.

Mais à côté de ce volet de financement des projets des femmes, la BIDF développe également d’autres activités purement commerciales à l’instar d’autres banques commerciales classiques.

Notons que la BIDF compte parmi ses services celui en charge de renforcement des capacités pour encadrer les femmes dans l’élaboration des projets bancables.

Thématique 2 : Amélioration de la qualité des services communaux 

Dans la thématique relative à l’amélioration de la qualité des services communaux, deux exposés ont été développés en rapport avec le service de l’état civil et la mobilisation des ressources et le classement et archivage.

La première communication

La première communication concerne le service de l’état civil. Monsieur MANEO Jean-Bosco, Conseiller au Cabinet du Ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique, a fait part de la situation prévalant dans le domaine de l’état civil. Il a épinglé un certain nombre de défis qui sont surtout liés :

  • A la méconnaissance ou l’ignorance de la loi régissant les actes d’état civil au Burundais (Code des Personnes et de Famille) ;
  • A l’usage des documents frauduleux pour jeux d’intérêt personnel ;
  • Au désaveu de paternité pour certaines personnes ; ce qui fait que certains enfants sont enregistrés sous le nom du père inconnu ;
  • Aux problèmes liés au manque de matériel adapté ;
  • A l’insuffisance de ressources humaines aussi bien en qualité qu’en quantité.

Par rapport à tous ces défis, l’orateur a proposé quelques pistes de solution :

  • Multiplier les séances de sensibilisation sur l’importance de l’enregistrement des actes de l’état civil (naissance, mariage et déclaration des décès.) ;
  • Mener une étroite collaboration avec tous les acteurs intervenant dans le système de l’état civil au niveau local (les autorités locales, différentes associations, etc.) ;
  • Traduire en justice toute personne susceptible d’entraver les activités d’état civil ;
  • Introduire dans la base des données un fichier contenant le formulaire des différents actes de l’état civil pour les communes qui ont des équipements informatiques, quitte à permettre à la population demanderesse de ces actes de les obtenir le plus rapidement possible.
  • Initier le projet d’informatisation du système d’état civil et le projet de révision du Code des Personnes et de la Famille.

La deuxième communication.

La deuxième communication était relative à  la mobilisation des ressources, à l’archivage et au logiciel de la comptabilité communale.

Au niveau du classement et archivage des documents administratifs, Madame IRAMPAYE Liliane,  experte, a partagé l’expérience de l’ACO-BURUNDI dans le coaching des communes en matière de la mobilisation  des ressources financières communales et du classement et de l’archivage des documents administratifs. Cette expertise a été développée dans les six communes de la Province de Bururi et dans les communes de Gitanga et Bukemba de la Province de Rutana.

Selon l’experte, le diagnostic effectué dans ces 8 communes avait fait état d’une très faible mobilisation des finances communales et d’un mauvais état d’archivage et de classement des documents administratifs.

Sur base de ces constats, des actions de formation et coaching sur terrain ont été menés auprès des services concernés. Des coaches ont été déployés dans ces communes et ont apporté une assistance technique aux responsables des services concernés.

Après le passage des experts, chaque commune s’est dotée d’un plan de classement qui a été exécuté comme établi. Au niveau financier, chaque commune bénéficiaire de l’appui a sensiblement augmenté le volume des recettes communales comparativement à la situation antérieure à cette assistance.

Madame IRAMPAYE Liliane également parlé des actions de l’ACO-BURUNDI pour l’accompagnement des communes à l’informatisation des services de la comptabilité communale. Elle a beaucoup insisté sur les avantages de l’informatisation du service de la comptabilité communale. L’ACO-BURUNDI s’occupe également de la maintenance du logiciel dans les communes qui en disposent.

Pour le trois exposés, des témoignages des bénéficiaires ont étayé les propos de l’experte. La commune Busoni qui a témoigné sur le logiciel de la comptabilité communale a suggéré aux autres communes de mutualiser les efforts à partir de leur Association ACO-BURUNDI pour permettre à cette dernière des interventions régulières de maintenance qui ne doivent attendre la disponible d’un financement extérieur.

Thème 3 : Le genre

Une seule communication était prévue sous ce troisième thème. Elle  était relative à la planification et la budgétisation sensible au genre. Cette thématique a été développée par Madame BAJINYURA Chantal, Secrétaire Générale du Réseau des Femmes Elues Communales (REFECOM) de l’ACO-BURUNDI.

Selon Madame BAJINYURA, l’approche Budgétisation sensible au genre est une nouvelle notion et donc encore mal connue. Elle a expliqué à cet effet que cette approche permet aux gestionnaires communaux de prendre en compte de façon systématique les besoins et les intérêts des hommes et des femmes dans les plans et les budgets des communes, en répondant aux questions suivantes :

  • Quelles actions et Combien d’actions visant la réduction des inégalités liées au genre sont prises en compte dans nos Plans annuels d’investissement (PAI) ?
  • Quel budget affecté à ce type d’actions ?

La prise en compte du genre se fait donc tout au long du processus d’élaboration des Plans annuels d’investissement (PAI) et des budgets y relatifs..

A l’issue des communications et des échanges-débats , les activités se sont poursuivies dans des groupes de travail qu’on appelle les “forums techniques.” Dans chaque forum, les participants avaient à analyser  le contenu de chaque communication à la lumière de la situation prévalant dans la localité concernée. Sur base de leurs constats, ils ont formulé des recommandations à l’endroit des acteurs concernés et ont pris eux-mêmes des engagements de nature à améliorer la situation.