Dans le cadre de la célébration de la Journée du 8 mars, l’Association des Communes du Burundi, à travers son Réseau des Femmes Elues Communales(REFECOM) s’est jointe au Gouvernement du Burundi et au monde entier en organisant un atelier de réflexion et d’échange sur les droits des femmes. Cet atelier s’est déroulé du 13 au 14 mars 2025 au Centre Tereziya de Mushasha au chef-lieu de la Province de Gitaga, capitale politique du Burundi.
L’activité a été solennellement ouverte par Madame BARINDOGO Véronique, Assistance de la Ministre de la Solidarité Nationale, des Affaires Sociales, des Droits de la Personne l’Humaine et du Genre. Le thème central dédié à cet atelier était :
« Femme pilier du développement : Soutenons-la pour l’atteinte de la vision 2040-2060 ».
A cet effet, 5 thématiques ont fait objet de communication à savoir :
- Réflexion sur une stratégie de la participation de la femme et de la fille dans les instances de prise de décision jusqu’au niveau local
- Analyse de l’inclusion financière de la femme dans le développement économique au niveau local: état des lieux, défis et perspectives
- Les bonnes pratiques judiciaires/jurisprudence en matière d’accès de la femme à la terre et autres patrimoines
- Présentation sur la femme burundaise et source d’énergie alternative au bois de chauffage.
- Les approches d’intégration du genre dans le développement local
- Stratégie de la participation de la femme et de la fille dans les instances de prise de décision jusqu’au niveau local
La première communication relative aux stratégies de hausse du niveau de participation de la femme dans les instances de décision au niveau local a été donnée par Madame Estella NDAHABONYIMA, Coordinatrice du Centre d’Excellence/MSNASDPHG. Celle-ci a d’emblée insisté sur le fait la participation de la femme et de la fille est une préoccupation majeure de tous les acteurs de la promotion et la protection des droits de l’homme en général et des droits de la femme/fille en particulier pour plus d’égalité et de justice sociale. Selon l’experte, le but ultime recherché est d’atteindre l’égalité hommes-femmes dans les tous les postes de responsabilité. (Politiques et techniques).
Elle a également rappelé que le gouvernement du Burundi a mis en place un cadre légal(en adoptant et en ratifiant des textes juridiques nationaux et internationaux) favorables à la protection des droits humains en général et aux droits des femmes en particulier.
Elle a également fait remarquer que malgré l’évolution du cadre juridique, la participation politique de la femme dans les instances de prise de décision reste faible au niveau national en général mais des défis persistent encore notamment :
- le cadre légal encore incomplet en rapport avec la participation des femmes.
- Les violences basées sur le genre
- Les barrières socio-culturelles
- La faible sensibilité à l’égalité de genre des leaders des partis politique
En vue de faire face à ces défis, Madame NDAHABONYIMANA a lancé un appel pressant aux différents acteurs (Gouvernement, Parlement, Partis politiques, Commission Electorale Nationale Indépendante, Organisations de la Société Civile, Partenaires aux Développement ainsi qu’aux femmes elles-mêmes), chacun en ce qui le concerne, pour prendre toutes les initiatives visant à rehausser le niveau de participation de la femme dans les instances de prise de décision Aux femmes en particulier, elle leur a demandé de :
- Sortir des mœurs et attitudes qui pèsent sur elles comme un fardeau;
- Développer l’esprit de solidarité entre les femmes;
- Adhérer activement aux partis politiques et participer activement dans tous les domaines de la vie du pays en particulier en politique;
- Prendre part aux initiatives d’autopromotion des femmes;
- Sensibiliser les femmes aux idéaux des partis politiques (par les femmes leaders)
- Eviter de se sous-estimer mais s’affirmer
- Inclusion financière de la femme burundaise
Au sujet de l’inclusion financière de la femme dans le développement économique local, cette thématique a été développée par Monsieur NSENGIYUMVA Janvier du Ministère de la Solidarité Nationale, des Affaires Sociales, des Droits de la Personne l’Humaine et du Genre/ charge de la planification et Etude au sein du Centre d’Excellence.
Dans sa communication, l’expert a d’abord donné une définition globale de l’inclusion financière comme « L’accès permanent de la population adulte à un ensemble de produits et services financiers (i) offerts par des institutions financières formelles et pérennes, régies par une réglementation adéquate, (ii) diversifiés, abordables et adaptés aux besoins de la population, (iii) utilisés par celle-ci dans le but de contribuer à l’amélioration de ses conditions de vie socio-économiques »
Partant de cette définition, il a dressé un sommaire état des lieux de l’inclusion financière de la femme au Burundi, et a montré, chiffres à l’appui que très peu de femmes possédaient un compte bancaire, comparativement aux hommes. A titre d’exemple, l’enquête de la BRB (2019), au niveau national, le taux de possession d’un compte bancaire était de 22.49% de population féminine adulte contre 91.67% de la population masculine adulte.
Il a expliqué cet état de choses par un certain nombre de facteurs dont :
- Le faible niveau de formation et d’information chez la femme;
- La nature des activités exercées par la femme(agriculture de subsistance);
- Le manque de temps et de garanties;
- La réticence des femmes de travailler en groupes.
Face à ces défis, l’expert a proposé un certain nombre de solutions visant à améliorer l’inclusion financière de la femme notamment :
- la diversification des garanties exigées
- la création de produits financiers adaptés aux besoins des femmes
- la concrétisation de l’approche Budgétisation Sensible au Genre
- Bonnes pratiques judiciaires/jurisprudence en matière d’accès de la femme à la terre et autres patrimoines
Concernant de la question relative aux bonnes pratiques judiciaires en lien avec la jurisprudence en matière d’accès des femmes aux droits fonciers et aux autres formes de patrimoine, la communication a été donnée par Madame Béatrice De l’Association des Femmes Juristes du Burundi.
Au départ de son analyse, l’experte a d’abord fait constater que la société burundaise est patriarcale. De ce fait, et selon la coutume burundaise, une femme en conflit avec ses frères ne peut avoir accès à la terre et autres patrimoines de leur parents décédés de manière égale, mais obtenait une petite portion de propriété familiale en appelée « igiseke » qu’elle pouvait exploiter sans avoir la possibilité d’en disposer à sa guise.
Ainsi, Dans son intervention, Madame Béatrice.a tenu à préciser que le recours à la jurisprudence, et spécialement dans le domaine d’accès de la femme à la terre et autres patrimoines, intervient lorsque la loi burundaise est obscure, muette ou n’est pas claire. Dans ce cas, le juge peut se référer aux jugements antérieurs rendus par la Cour Suprême ou la cour d’appel (surtout pour les questions foncières). Il peut également se référer aux instruments internationaux ratifiés par le Burundi.
Continuant sa réflexion, l’experte a mis en exergue différentes références juridiques garantissant l’égalité entre l’homme et la femme, y compris en matière d’accès et de contrôle du patrimoine foncier et autres formes de patrimoine :
- L’article 13 de la Constitution du Burundi stipule que : « Tous les burundais sont égaux en mérite et en dignité. Tous les citoyens jouissant des mêmes droits et ont droit à la même protection de la loi. Aucun burundais ne sera exclu de la vie sociale, économique ou politique de la nation du fait de sa race, de sa langue, de sa religion, de son sexe ou de son origine ethnique ».
- l’article 19 quant à lui dispose que « Les droits et devoirs proclamés et garantis, entre autres, par la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant font partie intégrante de la Constitution de la République du Burundi (voir donc les dispositions pertinentes de ces disposions en matière d’égalité et de non-discrimination).
Actuellement, avec l’évolution de la société, les litiges relatifs aux contestations de tels cas sont considérés comme une injustice et les plaignants veulent obtenir gain de cause en termes de partage équitables des biens faisant objet de litiges.
Dans cette logique, l’experte a exposé un certain nombre de cas ou de situations judiciaires où les juges ont fait usage de jurisprudence et ont rétabli les femmes lésées dans leurs droits.
L’experte a conclu qu’en attendant l’adoption d’une loi sur les successions, les juges peuvent faire usage de la jurisprudence afin de consacrer l’égal accès à la propriété foncière et autres patrimoines des femmes burundaises.
- Approches de prise en compte du genre dans le développement local
Cette thématique a été présentée, NDORICIMPA Livingstone, expert indépendant.
Dans sa réflexion, l’expert a dans un premier temps mis en exergue les bienfaits ou l’importance de l’autonomisation financière de la femme en évoquant cette assertion de la Banque Mondiale qui dit que « Quand les femmes réussissent, tout le monde y gagne: les ménages, les communautés, les entreprises et les pays » et tous les effets positifs qui en découle. Il a cependant fait remarquer que la réalité sur terrain contraste beaucoup avec ce joli souhait, puisque :
- Les femmes accomplissent 67 des heures de travail
- Elles gagnent 10 % du revenu mondial
- Elles constituent 2/3 des analphabètes du monde
- Elles possèdent moins de 1% des propriétés dans le monde.
C’est ainsi qu’il a partagé les principales approches notamment :.
- L’approche participative qui consiste à impliquer activement les femmes et les hommes à chaque étape d’un projet de développement (de la conception à la mise en œuvre et à l’évaluation). Cela permet de s’assurer que les besoins de tous les genres sont pris en compte
- Approche basée sur les besoins spécifiques : elle permet d’identifier et répondre aux besoins spécifiques des femmes et des hommes dans le cadre du développement communautaire, tout en tenant compte des contextes socio-culturels différents.
- Gender Power Analysis(GPA) : c’est un outil essentiel pour comprendre comment les relations de pouvoir entre les sexes influencent les dynamiques sociales, économiques et politiques. L’analyse des différences de pouvoir entre les hommes et les femmes, et leurs impacts sur l’accès aux ressources
Il a évoqué d’autres approches consistant à promouvoir l’inclusion financière des femmes, les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), entrepreneuriat féminin ainsi que la formation des jeunes filles.
- Femme burundaise et les énergies alternatives au bois de chauffage
Cette thématique a été développée par NIYUKURI Jean-Marie, Cadre d’appui au service Planification et Exploitation de la Tourbe à l’ONATOUR.
Cet expert a d’abord montré les défis lié à la recherche l’utilisation du bois de chauffage par les femmes notamment les risques de se faire violer dans la brousse, la déforestation qui porte préjudice à l’environnement, la perte de temps pour la femme qui pouvait consacrer ce temps aux autres activités de développement etc.
Il a ainsi proposé l’utilisation de la tourbe et des briquettes fabriqués sur base de la tourbe
L’atelier a été ponctué par des séances d’échange qui ont permis aux différents orateurs de répondre aux différentes questions des participants. Il a été notamment recommandé de faire suite aux différentes réflexions qui ont caractérisé cet atelier notamment :
- La vulgarisation systématique de tous les cas de jurisprudence déjà inventoriés
Rendre accessible le coût de la tourbe et des briquettes qui en sont dérivées